Un petit bout d’enfer
Rachel Corenblit
Le Rouergue, 2009
140 p.
978-2-81260-073-9
Genre
Thriller
Mots clés
Adolescence
Meurtre
Séquestration
Parcours de lecture
Et après
Chroniqué dans la revue n°132
Décembre 2009
 
Un petit bout d’enfer 
Pour : 16 ans. C’est l’âge que Juliette prétend avoir. Peu importe que ce soit faux, il est si facile de mentir. La jeune fille décide de braver les interdits et d’aller voir un film d’horreur. Lui aussi a décidé d’aller au cinéma. Cela faisait seize ans qu’il était avec sa femme. Il avait des enfants mais il a oublié leurs prénoms. Il vient de les tuer. Durant cette première partie, le lecteur découvre la vie de l’adolescente, racontée à la première personne. La mère de Juliette est loin, totalement investie dans des œuvres humanitaires et Juliette sort avec ses amis : son récit semble celui d’une adolescente ordinaire. En parallèle, à la troisième personne, le récit de l’homme intrigue. Confuses, les pensées de l’individu sont brouillées et semblent sans cohérence. Les deux personnages se retrouvent unis dans la deuxième partie du récit, dans une salle de cinéma obscure. Il a encore son fusil et s’en sert pour tuer un jeune homme dans la salle. Puis, il embarque Juliette et un autre jeune qu’il a séquestré…
Aucune réalité n’est tue dans cette sombre histoire : ni la violence de l’homme ni les étranges pensées de la jeune fille qui finit par apprécier son bourreau, souffrant sans doute du syndrome de Stockholm. Les faits décrits ou les étonnantes pensées de la jeune fille à la fin du récit peuvent mettre mal à l’aise certains lecteurs, mais la construction très travaillée et les qualités littéraires du roman mettent à distance cette violence. La lecture doit tout de même être accompagnée ou être réservée aux lecteurs avertis.
Déborah Durand
Contre : Pourquoi ce thriller laisse-t-il un tel sentiment de malaise à celui qui en achève la lecture ? Ce n’est pas seulement le récit du massacre de sa femme, de son amant, de ses deux enfants et de deux jeunes gens, par un homme qui prend en otage une gamine de 14 ans. C’est le portrait de cette fille, qui se dessine progressivement : une adolescente en révolte contre sa famille, fascinée par les interdits, qu’elle transgresse par le mensonge. Dans sa construction, le récit entraîne le lecteur à établir, dès le début, des liens, entre ces deux personnages, avant même qu’ils ne se rencontrent. Leur point commun, c’est le sentiment d’être des ratés, humiliés, empêchés de se réaliser dans un monde glauque, violent et conformiste. La seule issue, c’est la mort, réelle ou fantasmée. Une vision d’autant plus insupportable quand elle est revendiquée par une adolescente. Ce livre porte, en lui, une terrifiante charge de désespoir.
Colette Broutin
Réseau de lecture: La séquestration et les pensées de la jeune fille rappellent le roman Le Courage du papillon (Voir LJ n° 131, notice 25).

 


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